Reportage by Batbeu
Alea Jacta Est
Samedi 9 Mars 2013 : 16ème de finale de coupe de France Delaune au stade Senafrica à 17h00 :
Celtic Irish Club – Zar FC : 4 – 1
Buteurs : Jumo(2Buts), Yespapa, Robin
Zim venait d’écraser sa dernière cigarette qu’il avait fumée à la manière d’un Charles
Bronson peroxydé et la pression montait d’un cran. Après quelques rumeurs sur le nombre de
joueurs composant l’équipe adverse, je commençais par mettre ma chaussette gauche alors qu’Alex
avait déjà revêtu son habit de lumière (il paraîtrait qu’il s’était mis en tenue déjà depuis quelques
jours, histoire de « se mettre dans le match »…).
La distribution des maillots, infime loterie qui conserve son lot de suspense, pouvait
commencer. Je ne te cacherai pas plus longtemps, lecteur, que j’héritais du numéro 10 et accédais du
même coup à l’aristocratie immémoriale du football. Avoir le numéro 10 pour un joueur de football,
c’est un peu comme quand on hérite de la place supérieure du lit superposé en colonie de vacances :
la caution d’être au-dessus. Dès lors, je pouvais regarder avec un léger mépris mes coéquipiers qui,
eux, auraient à se consacrer à des tâches subalternes tandis que, moi, je créerais une oeuvre qui
porterait le doux nom de Victoire.
Tandis qu’un timide soleil de mars se frayait péniblement un chemin à travers les nuages,
nous débutions un échauffement tout aussi réservé. Mais ce ciel vanille nous était clément et, alors
que je songeais à ceux, sublimes, du peintre paysagiste William Turner, mes narines furent alertées
par des effluves musqués échappés d’un temple, que dis-je, d’un sanctuaire dédié tout entier au
parfum : le cul de Yespapa. L’heure n’était plus à la poésie mais au football.
Après un cri qui se voulait guerrier – à ce propos, j’ai toujours un peu l’impression d’être
Jacques Chirac à la Coupe du Monde 1998 dans ces moments-là en favorisant le play-back –,
l’arbitre Têtepiednu crachait dans son sifflet. Rapidement, un bras-de-fer s’engageait et si nous
couvrions avec justesse et allant la majeure partie du terrain, le Zar se révélait meilleur dans la
circulation du ballon. Yespapa, esseulé tel le Comte de Monte-Cristo sur le Château d’If, ne
parvenait que rarement à prendre le dessus sur son coriace vis-à-vis. Si ce n’est le fauchage litigieux
sur Jumo (ou son jumeau?) dans la surface, nos intentions n’aboutissaient que trop rarement,
mutilées par des contrôles et des passes souvent approximatifs.
Au bout d’une demi-heure, je n’avais fabriqué que mon chemin en mettant un pied devant
l’autre. L’orchestre jouait comme il pouvait sa partition mais je ne retrouvais plus ma baguette
tombée au fond de poumons vieillissants. Notre Guide prit la décision de m’exiler sur le banc. En
même temps, avoir le numéro 10 pour un joueur de football, c’est un peu comme soulever une petite
trop belle pour soi : un plaisir divin mais éphémère. La déception était vive mais le doute
davantage : qui allait mener la barque désormais ? Le candide et virevoltant Robin ? Ce fut le cas,
semblait-il, puisque dans les minutes qui suivirent nous ouvrîmes le score par Jumo (ou son
jumeau ?). Je ne pus voir le but car Desbons et Notre Guide obstruaient mon champ de vision et
étant donné leur envergure…
Cependant, le Zar sut réagir et, laissant l’opportunité à leur habile et tonique petit 6
d’adresser un caviar à son attaquant, nous concédions logiquement un but venu de la gauche : ce
côté avait régulièrement pris l’eau depuis le début de la rencontre. Le retour au vestiaire sur ce score
de parité n’alla pas sans quelques heurts. Une vive polémique éclata entre Notre Guide et Max sur
des considérations vaguement stratégiques que vint tempérer avec clairvoyance Desbons après qu’il
eût sorti de son paquet sa 84ème cigarette de la journée. Comme dirait la tante de Marjane Satrapi :
« la fumée de la cigarette, c’est la nourriture de l’âme ». A méditer pour ceux qui, bêtement, ne se
désaltèrent pas ou plus à cette source vaporeuse et sensuelle.
Avec cette entame de deuxième mi-temps, nous marchâmes au bord de la falaise. Malgré les
mises en garde de Desbons, nous étions pris plusieurs fois dans le dos et Jean désormais ne pouvait
plus colmater les brèches, ce qu’il avait réalisé avec habileté jusque là. Gilles, serein et en
possession de tous ses réflexes, nous sauva la baraque sur deux occasions franches (peut-être trois).
Au football masturbatoire pratiqué par leur numéro 7, nous préférions revenir à une valeur
indispensable en match de coupe : la grinta. L’entrée explosive de Loris enclenchait le mouvement
que finirait par terminer Robin, un peu tendre encore pour prendre ma place en numéro 10. Le bleu
des maillots du Zar n’en finirait plus de se délaver face à un collectif vert et blanc marqué du sceau
éclatant de la solidarité. Ils boiraient le calice jusqu’à la lie.
Adieu, toi le joueur qui te regarde jouer ! Deuxième but de Jumo (ou son jumeau?) de la tête
après une extension que n’aurait pas renié Clyde « The Glide » Drexler. Adieu, toi le joueur qui
idolâtre Arjen Robben ! Troisième but de Yespapa de la tête après un coup-franc millimétré
d’Anthony dit « La Lourde ». Agonise enfin, toi le joueur qui ploie sous la force du collectif
celtique ! Quatrième but de Robin après une dernière passe assassine de votre serviteur.
Certes nous remuâmes de la viande – comme disent les rugbymen – pour arriver à nos fins.
Mais notre équipe épouse aussi les valeurs de l’intelligence et de la rigueur. En ce sens, comme un
nouvel étendard félin du Celtic, notre groupe ressemble au drap de bain imprimé léopard de Gilles :
nous sommes une meute de fauves composée de combattants (Alex, Max, Romain, Yespapa, …) et
de stratèges (Flo, Jérémy, Robin, Jean et… moi-même bien sûr). Un subtil accord entre la force et le
sang-froid. Une forme de sauvagerie supérieure en somme à travers laquelle Claude Levi-Strauss
rencontrerait Dwayne Johnson. Saluons enfin comme il se doit, les hommes du match, Jumo et son
frère jumeau qui a, tous deux, coururent plus sur ce match que ne l’a fait Zim dans toute sa vie.
A bientôt, ô mes frères indomptables !
P.S.
Petite dédicace à Notre Guide, amateur d’alexandrins :
En portant la lèvre à la coupe du Celtic
Ils dégustèrent, ô joie, la saveur de nos triques.
Le Zar désormais range ses habits de fête :
Ce goût bizarre, c’est celui de la défaite !

